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Biographie

Une vie bien remplie…

Je suis née à Tunis, en 1927, et je n’ai quitté définitivement mon pays qu’à l’âge de vingt-neuf ans. Entre-temps, j’avais passé sept hivers en France (le pays de ma mère), à Lyon très exactement, pour faire médecine (ma thèse s’intitule Le syndrome carotidien). Lorsque j’en suis partie, la Tunisie était pratiquement indépendante depuis un an; cela faisait un peu étrange de la voir aux mains de ceux à qui elle appartenait – étrange mais réconfortant : Bourguiba et ses compagnons n’avaient pas passé en vain de si longues années en prison. Toute ma famille – père, mère, frère et sœur, oncles, tantes, cousins et cousines – ont aussi quitté le pays à ce moment-là. Ne sont plus restés à Tunis que nos morts.
De 1956 à 1960, j’ai vécu en Martinique; j’étais attachée comme médecin à l’hôpital psychiatrique de Colson. Et en 1960, je suis venue au Québec. Engagée au département de Sociologie (faculté des Sciences sociales) de l’Université de Montréal, je me partageais entre deux demi-temps : comme professeur, j’enseignais la psychiatrie sociale, c’est-à-dire l’influence des facteurs sociaux sur les manifestations, le diagnostic, le pronostic et le traitement des malades mentales; comme chercheuse, j’avais bâti un projet de recherche (« La dépression chez les Canadiens français de Montréal ») que je dirigeais sous la haute responsabilité de Guy Rocher, directeur du département de  sociologie, et de Camille Laurin, directeur du département de psychiatrie de la faculté de Médecine. J’ai suivi en même temps des cours complémentaires de ceux que j’avais pris en France en ethnologie, ce qui me permit d’obtenir une maîtrise en sociologie.
Une petite éclipse, liée à des événements personnels, et je me retrouve au Collège Sainte-Marie puis à l’Université du Québec à Montréal, toujours dans le département de Sociologie. Encore une pirouette, et me voici au département de Psychologie du cégep de Saint-Laurent, où je suis restée jusqu’au moment, si ardemment attendu, de ma retraite, que j’ai prise dès que cela m’a été possible.
J’ai toujours aimé être active sur plusieurs fronts; cela me permet de retrouver chaque fois avec un plaisir renouvelé celui que j’ai momentanément délaissé. C’est ainsi que, en 1978, j’ai commencé à fréquenter les milieux de l’édition en étant codirectrice, avec Nicole Brossard, des collections Délire, aux éditions Parti pris, puis Idéelles et Réelles aux éditions du Jour et aux éditions Quinze; j’ai été ensuite, jusqu’à leur disparition, directrice littéraire des éditions Primeur (1983). J’ai collaboré régulièrement au magazine Spirale de 1981 à 1997 (féminisme, médecine, sciences, histoire de la médecine et des sciences). J’ai initié, avec Suzanne Lamy, l’édition critique de l’Å“uvre d’Hubert Aquin (EDAQ), et ai été membre du comité directorial et du comité éditorial qui l’ont menée à bien. Enfin, depuis 1998, je fais partie du Comité de programmation du Musée d’art contemporain, et depuis décembre 1999, je suis présidente et directrice littéraire des éditions Point de Fuite.
Je terminerai en citant deux autres champs d’activité chers à mon cœur : le féminisme et l’histoire de la médecine. J’ai, en 1976, fondé avec deux autres femmes un mouvement féministe. Ces années de militantisme, je les ai, à l’égal de toutes les femmes, vécues intensément, et j’ai eu grand plaisir à en ranimer le souvenir dans mon livre Le Regroupement des femmes québécoises (1976-1981).  Quant à mon  travail en histoire de la médecine, il m’a amenée à publier la biographie scientifique de Hans Selye, le « père » du stress, et un ouvrage relatant les diverses étapes de l’isolement clinique de cette terrible maladie qu’est la sclérose en plaques. Actuellement,  j’essaie de comprendre la dynamique de la découverte au sein d’un petit groupe de neuropsychiatres allemands de la fin du XIXe  siècle.
Que le ciel me prête longue vie, c’est ce que je demande le plus, égoïstement, tant est grande ma curiosité des êtres et des choses.

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